Maison de repos pour sportifs et athlètes retraités - 1968

Un peu d'histoire.

Le Château de Boisseron est un édifice dont les origines remontent au Moyen Âge. Son implantation au cœur du village, son enceinte classée au titre des monuments historiques, et son parc arboré traversé par la Bénovie en font un repère patrimonial majeur pour la commune. Resté dans le giron privé pendant des siècles, le domaine a connu des usages successifs sans jamais bénéficier d’un projet durable de réhabilitation, ni d’une mise en valeur à l’échelle du territoire.

À partir de 1965, le Château entre dans une phase de transformation sociale inédite. Il est acquis par l’Association Nationale des Médaillés de la Jeunesse et des Sports (ANMJS), qui le convertit en Maison de repos et de retraite pour les sportifs, inaugurée officiellement en 1968 avec le soutien du ministère de la Jeunesse et des Sports. Le site accueille alors, pendant près de vingt ans, des athlètes en convalescence, des anciens champions à la retraite, mais aussi des vacanciers issus du monde sportif, dans une logique de solidarité et de vacances sociales.

En 1986, la gestion du site est reprise par l’association Relais Soleil, qui inscrit le domaine dans son réseau de Maisons Familiales de Vacances agréées. Le Château devient alors un centre d’accueil ouvert à des publics plus larges : familles, enfants en colonie, groupes associatifs ou bénéficiaires de comités d’entreprise. Séjours en pension complète, animations, excursions et activités de plein air y sont organisés jusqu’au début des années 2000, prolongeant la vocation collective du site dans un cadre historique verdoyant.

Un domaine délaissé.

Cette exploitation sociale prend fin en 2003, lorsque le domaine est cédé à la société CPI (Conseil – Promotion – Investissement). Cette transaction amorce une rupture radicale avec les usages collectifs antérieurs. Un projet immobilier de 120 logements est alors soumis aux services d'urbanisme, mais les demandes de permis de construire sont successivement refusées, interrompant toute perspective de requalification exclusivement spéculative. 

Faute de projet viable ou simplement imaginatif, le site est progressivement abandonné. Le corps central du Château, comme ses dépendances, entre alors dans un cycle de dégradation avancée, marqué par un abandon prolongé. Cette détérioration est aggravée par un incendie survenu en 2013 dans l’aile ouest, qui détruit une large portion de la toiture et laisse l’ensemble du bâti vulnérable aux intempéries, aux infiltrations et aux effondrements progressifs.

En 2017, le domaine demeurait toujours sous occupation exclusive de la société CPI, sans accès public, ni orientation d’ensemble au service de l’intérêt collectif. Aucune activité culturelle, sociale ou écologique n’était prévue d'y être développée, alors même que le site présente un potentiel évident pour répondre aux besoins du territoire et renouer avec sa vocation d’accueil à dimension communautaire.

Une idée de tiers-lieu.

Face à cette situation, un collectif d’acteurs locaux a initié, dès 2018, un travail de préfiguration en lien étroit avec l'équipe municipale. L’objectif : transformer ce site à fort potentiel en un tiers-lieu éco-créatif culturel, ouvert sur son territoire. Cette dynamique s’est progressivement consolidée pour donner naissance à un projet structuré, reconnu par la commune de Boisseron et appuyé par plusieurs partenaires associatifs, institutionnels et culturels.

Un sacré coup de Trafalgar !

Parallèlement à la démarche de l'équipe du Tiers-Lieu, la municipalité poursuit les négociations formelles engagées avec la société CPI, appuyée depuis 2015 par le concours de l’Établissement Public Foncier d’Occitanie, en vue d’acquérir le domaine et de l’intégrer au patrimoine communal. 

Les discussions ont progressé jusqu’à leur rupture unilatérale en octobre 2022, à l’initiative des dirigeants de la société CPI. Simultanément, un nouvel actionnaire a rejoint le capital de cette société et a occupé le site, consolidant l’occupation privée du Château et reportant sine die toute perspective d’ouverture au public. 

Les pouvoirs publics ne lâchent rien.
Face à cette impasse, la commune a engagé une procédure de Déclaration d’Utilité Publique (DUP). 
Lors de l’enquête publique, qui s’est déroulée du 28 octobre au 14 novembre 2024, la commissaire-enquêtrice a rendu un avis favorable sans réserve, saluant la qualité du dossier, la cohérence du projet et l’intérêt général manifeste de la reconversion du site. 
L’arrêté préfectoral du 24 décembre 2024 est venu entériner cette reconnaissance d’intérêt général, ouvrant la voie, si nécessaire, à une procédure d’expropriation. L’Établissement Public Foncier d’Occitanie est ainsi mandaté pour réaliser les acquisitions foncières au nom de la commune, dans le cadre de la convention renouvelée en mai 2022.

Le futur proche.

Le tiers-lieu du Château de Boisseron s’inscrit donc dans une trajectoire à la fois citoyenne et institutionnelle, mêlant initiative locale, portage associatif, et inscription dans le droit commun de l’action publique. 

Sa mise en œuvre dépend désormais de la concrétisation du transfert foncier, condition préalable à l’aménagement du site et au déploiement progressif des activités. 

Une fois ce cap franchi, le domaine pourra entamer sa mue : de propriété privée en déshérence, il deviendra une ressource partagée, structurée autour de trois pôles d’activité complémentaires, ouverts aux habitants, aux professionnels et aux acteurs du territoire.
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